Mercredi le 5 novembre 2003

Croque, Croque pas?

Emmanuella Razgui-Alain
Ça presse!

Photo :illustration sur l’évènement fait par Evelyne Pilon


Du 6 novembre au 7 décembre 2003 à l’Insectarium de Montréal se déroule l’événement Croque-Insectes, une dégustation d’insectes apprêtés délicieusement pour le plaisir, ou le dégoût, des courageux visiteurs. Lors de cette soirée, j’ai interviewé Johanne Landry, la directrice de l’Insectarium de Montréal, pour être fixée sur les buts de cet initiation à l’entomophagie.

Photo : Johanne Landry, directrice de l’Insectarium de Montréal

Emmanuella : « Alors, quel est le but premier de l’événement Croque-Insecte? »

Johanne Landry : « Premièrement, c’est de faire découvrir l’entomophagie. L’entomophagie, c’est la cuisine à base d’insecte. Le but est aussi de parler de la façon dont les gens mangent des insectes dans différents pays. Habituellement, les gens de l’Amérique du nord et de l’Europe sont plus dédaigneux à propos des insectes. Mais on remarque qu’en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, on en mange. Nous voulons expliquer aux gens que c’est une question de diversité culturelle, que ça se passe entre les deux oreilles. Dans certain pays, ils mangent les insectes comme nous mangeons des fèves ou du maïs. Par exemple, au Québec, il y a la saison des bleuets ou des framboises, au Mexique, il y a la saison des sauterelles. Il y a aussi des insectes qui sont présents toute l’année, on en mange de façon régulière. Nous avons même un animateur qui fait un élevage de grillon et de ténébrions, et il les cuisine et les mange ensuite. »

Emmanuella : « Combien de visiteurs attire chaque année l’événement Croque-Insectes? »

Johanne Landry : « On sert environ 15 000 personnes par année. »

Emmanuella : « Qui fut l’initiateur de Croque-Insectes? »

Johanne Landry : « C’est un visiteur de l’insectarium, en 1982, qui est venu me voir et qui m’a dit : « Il paraît que dans certains pays, ils mangent des insectes » Nous avons trouvé que c’était un bon concept, nous avons fait des recherches, et ensuite nous avons décidé de commencer un événement pour faire découvrir l’entomophagie à la population. »

Emmanuella : « Est-ce que c’est l’activité qui attire le plus de visiteurs à l’Insectarium de Montréal? »

Johanne Landry : « Dans la bâtisse de l’insectarium, oui, mais il y a aussi papillon en liberté, qui est organisé par l’Insectarium, mais qui prends place au complexe d’accueil du Jardin Botanique, qui attire 150 000 visiteurs chaque année. Mais peut-être que cette année, Croque-Insecte va attirer 20 000 visiteurs! »

 

Photo : éventail de plats servis

 

 

 

 

Emmanuella : « Pourquoi ne pas faire de Croque-Insectes une activité permanente de l’Insectarium? »

Johanne Landry : « Parce que c’est compliqué à organiser. Premièrement, c’est une activité qui demande une préparation assez longue. Ça coûte assez cher pour acheter les insectes et les faire venir de Colombie. Par exemple, les reines Fourmis ou d’autres insectes qui viennent de Thaïlande. »

Emmanuella : « Mais pourquoi on ne prendrait pas des fourmis élevées au Québec? »

Johanne Landry : « Parce que les fourmis qu’on mange sont spéciales. Leurs abdomens sont remplis d’un liquide qui fait que c’est bon. Les fourmis d’ici ne goûtent pas tout à fait la même chose. »

Emmanuella : « Quels sont les mets les plus populaires? »

Johanne Landry : « On a un menu différent à chaque année, mais généralement les desserts sont plutôt populaires. »

Emmanuella : « En général, quelle est la réaction des gens lors de leur première dégustation? »

Johanne Landry : « Ils sont un peu craintifs, il y a des personnes qui vont manger rapidement et qui vont fermer les yeux, question d’aller plus vite. D’autres vont prendre des petites bouchées. Ça dépends vraiment des gens, mais de plus en plus de personnes essaient la dégustation d’insectes. »

Emmanuella : « Qui, des parents ou des enfants, sont les plus réticents à tenter l’expérience? »

Johanne Landry : « Les enfants de 2 ou 3 ans vont les manger, ça ne leurs dérange pas vraiment. Les parents par contre, savent qu’est-ce qu’ils vont manger, donc ils sont plus craintifs. »

Emmanuella : « Mais les enfants dans les environs de 7 ou 8 ans? »

Johanne Landry : « Ils sont plutôt curieux. Les parents ont plus de préjugés, les enfants vont manger les insectes plus facilement. »

Photo : Jean-philippe Lachappelle-Boucher qui déguste un phasme

Emmanuella : « En terminant, quel est votre insecte gastronomique préféré? »

Johanne Landry : « Personnellement, je préfère les phasmes et les scorpions, mais ça dépends des goûts! »

Emmanuella : « Merci Beaucoup, bonne soirée! »

Johanne Landry : « Bonne dégustation! »